L'urbanisation des terres repart à la hausse05/06/2017  



En 2016, le nombre de ventes de biens en vue de l'extension des villes, des bourgs et des infrastructures a bondi de 22 %, et les surfaces correspondantes de 24 %, selon un rapport la fédération des Safer. Sous l'effet des difficultés des ménages puis de l'éclatement de la crise financière fin 2008, le marché de l'urbanisation a été divisé par 2 en surface entre 2007 et 2013, passant de 49.000 à 24.000 hectares par an Depuis 2015, il repart pour atteindre 30.000 hectares en 2016 . « Il est probable que le rythme actuel de l'artificialisation (comprendre la bétonisation, ou la bitumisation des terres) soit de 50.000 à 60.000 hectares par an, comme au début des années 2000 », alerte ce rapport, qui craint la destruction de l'équivalent de la surface agricole d'un département tous les 5 à 6 ans.

« Il y a des biens artificialisés par les propriétaires, ça ne passe pas par le marché d'où la courbe d'artificialisation plus importante que la courbe de surface du marché », explique à l'AFP Robert Levesque, directeur du bureau d'étude auteur du rapport. « On a déjà perdu 2,5 millions d'hectares par l'urbanisation entre 1960 et 2010 et on pourrait en perdre autant d'ici 2060, c'est à dire qu'on va réduire de 8 à 9 % la surface agricole française », s'alarme Robert Levesque.

Il souligne qu'en périphérie des villes, les zones urbanisées « sont souvent les terres les meilleures » : « les villes, souvent, se sont installées en régions fertiles et, donc, on urbanise les régions fertiles », poursuit-il. « Depuis 1999, 2005, et depuis 2009, on a mis en place un certain nombre de mesures qui voulaient freiner l'extension urbaine », explique Robert Levesque, pour qui les outils mis en place ne sont pas efficients : « c'est bien l'explosion de la bulle financière fin 2008 qui a conduit à une contraction de l'extension urbaine » et depuis 2014, sur une conjoncture économique, on repart un peu à la hausse ».

« En région parisienne, on a installé Disney, Roissy, le Bourget et on veut étendre aussi le Grand Paris sur les terres les plus fertiles, sur des limons qui font 4 à 5 mètres de profondeur, ce sont les meilleures terres agricoles d'Europe », déplore-t-il. Le rapport souligne qu'au niveau européen, « la réduction des surfaces agricoles aggrave le déficit agricole en termes de surfaces », alors qu'aujourd'hui, l'Europe est déjà dépendante de terres agricoles américaines, africaines et asiatiques et qu'elle importe « l'équivalent de la production agricole de 35 millions d'hectares, soit le cinquième de la surface agricole de l'Union européenne ». Le problème est d'autant plus criant, conclue Robert Levesque, que dans les années à venir, « le réchauffement climatique va diminuer les rendements. On est en train de détruire ce qui nous fait vivre ».


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